A notre corps défendant


KimabayaUne nouvelle fois, le corps des femmes est un sujet de polémique et de fracture dans notre société. A l’heure du débat sur le « burkini », la laïcité demeure la seule réponse pour permettre l’émancipation des femmes.

L’actualité nous offre parfois des télescopages étonnants. Cet été 2016 est ainsi marqué par deux événements : les 70 ans du bikini et la polémique sur le burkini.

Ainsi, dans le même temps, les médias relatent l’apparition de ce costume de bain qui porte le nom de l’atoll utilisé pour des essais nucléaires. La chanson de Dalida résonne aux oreilles. Et je m’essaie une nouvelle fois, en vain, à entonner ce refrain imprononçable.

L’anniversaire de ces quelques centimètres carrés se trouve cependant évincé en cette fin du mois d’août par son exact opposé, le burkini, contraction de bikini et burqa. Entre la conformité à un canon esthétique et la dissimulation forcenée de tout attribut féminin, le corps des femmes reste le sujet des fantasmes et des peurs.

Tout ceci me remet en mémoire des débats tels que ceux autour de la loi Neuwirth en 1967, autorisant l’usage de moyens contraceptifs ; autour de la loi légalisant l’avortement promulgué en 1975 grâce à Simone Veil, après une première tentative en 1973 ; ou plus près de nous ceux suscités par la loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel d’avril 2016. A chaque fois, l’émancipation des femmes et notamment la maîtrise de leur fertilité déclenchent toutes les surenchères.

Je n’admets pas la stigmatisation du corps féminin. Je n’accepte pas qu’une femme ne puisse pas décider de sa propre vie, de son métier, de sa sexualité, de son lieu de vie, de son engagement dans la société.

La dissimulation de tout ou partie du corps féminin parce qu’il serait jugé impur me choque. Cependant, la multiplication des arrêtés « anti-burkini » sans objet cristallise les peurs et créent une suspicion généralisée.

Seule la laïcité, l’un des piliers de notre République, nous préservera de ces ruptures et garantira la cohésion de notre société.

La voie de l’émancipation des femmes est étroite et semée d’embûches. Mais elle existe. Le quinquennat de François Hollande est marqué par des avancées majeures dans ce domaine : l’obligation de présence de 40% de femmes dans les conseils d’administration des entreprises cotées ; le remboursement de l’IVG ; l’aide aux femmes ne touchant pas de pension alimentaire pour leurs enfants ; la parité intégrale dans les conseils départementaux ; un accès à la retraite plus juste pour les femmes aux carrières morcelées ; un plan en faveur de l’entreprenariat au féminin ; l’implication du conjoint lors de la naissance d’un enfant.

Et puis, parce que la gauche a toujours été aux avant-postes pour le droit des femmes, souvenons-nous que Léon Blum, il y a tout juste 80 ans a nommé trois femmes dans son gouvernement : Cécile Brunschvicg, Suzanne Lacore  et Irène Joliot-Curie. En 1936, les femmes n’avaient pas le droit de vote et n’étaient pas éligibles.

Illustration : Kimabaya, création de Milia Maroun. Institut du monde arabe, août 2016. Cliché ASB.